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Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759), Philosophe, mathématicien et géodésien français, a laissé une trace indélébile dans l'histoire de notre globe. Il fut délégué par l'Académie des Sciences de France pour déterminer par arpentage la forme de la terre autour des pôles. Les membres de l'expédition séjournèrent un an dans la région du golfe de Bothnie, en 1736-1737. Le travail fut effectué à l'extrême nord de l'Europe, dans une région considérée sur le continent comme inhabitable, à savoir dans les environs immédiats du cercle polaire en Suède.Des toponymes auparavant étrangers comme Tornio et la Torne, ainsi qu'un grand nombre de villages et de monts finlandais aux noms exotiques, qui n'étaient auparavant connus que par une poignée de scientifiques, furent mentionnés dans les rapports relatifs à l'expedition, rédigés par l'abbé Reignard Outhier (1694-1774)chroniqueur et pasteur de l'expédition. L'intérêt porté à la forme des pôles était dû à une querelle de scientifiques. Divisés en deux camps, les uns soutenaient le philosophe français Descartes (1596-1650), et les autres le scientifique anglais Isaac Newton (1642-1724). Selon la théorie de Descartes (dite "du tourbillon"), la rotation de la terre sur elle-même lui donnerait une forme de citron, c'est à dire qu'elle serait pointue autour des pôles. Newton croyait au contraire que la force centrifuge faisait pour ainsi dire gonfler la masse terrestre autour de l'équateur, donnant ainsi aux pôles une forme plus aplatie. La terre aurait donc plutôt la forme d'une orange. Maupertuis et les experts l'accompagnant allaient désormais pouvoir trancher, en arpentant et en comparant leurs résultats avec ceux d'autres mesures effectuées le long des méridiens. Si un degré du même méridien était plus long aux environs du cercle polaire qu'en France ou à l'équateur, la théorie de l'orange (Newton) serait confirmée. Dans le cas contraire, la théorie du citron (Descartes) l'emporterait. On avait déjà effectué de nombreux travaux en France, et l'on attendait d'ailleurs d'autres résultats d'Amérique du Sud (dans l'actuel Equateur), où l'on avait dépêché une expédition semblable en 1735. Maupertuis était partisan de Newton, ainsi que ses compagnons, parmi lesquels se trouvaient trois autres académiciens français: Claude Clairaut, Charles Le Monnier et Louis Camus, un secrétaire, un dessinateur, et le scientifique suédois Anders Celsius. Ils arrivèrent à Tornio en 1736, à la Saint-Jean, et furent hébergés chez des familles bourgeoises. Un tiers vint se joindre à eux: Anders Hellant, interprète connaissant parfaitement les environs, le seul homme de la région à maîtriser le sommets voisins. On obtint ainsi un réseau triangulaire reliant les deux extrêmités. Le travail fut épuisant pour les membres de l'expédition, qui durent non seulement supporter la chaleur, faire face à des millions de moustiques, mais encore traverser des marécages et franchir des torrents en bateau. On ne mesura en détail la base du triangle qu'aux environs de Noël 1736 par un froid glacial. Les résultats respectifs des deux équipes chargées du travail ne différèrent que de quatre pouces. Les français passèrent l'hiver à Tornio, où ils prirent activement part à la vie mondaine. Maupertuis était un compagnon apprécié, qui pouvait déclamer ses propres poèmes, ou chanter en s'accompagnant d'une guitare. Le groupe quitta Tornio à la Saint-Jean 1737. Toutefois, deux des filles du commerçant Planström étaient tombées amoureuses d'élégants membres de l'expédition, et allèrent les retrouver à Paris. Lorsque Maupertuis finalement présenta le résultat de ses expériences dans le livre "La figure de la Terre", les deux jeunes filles avaient fait leur apparition à Paris, loin de passer inaperçues dans les salons.
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